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Le chien abandonné

Ils l'ont jeté par la portière.
Il n'a pas compris tout de suite.
Il a couru longtemps derrière,
Mais la voiture allait trop vite,
Et pendant des journées entières
Il a vu des autos passer,
Mais personne n'a fait marche arrière
En le voyant dans le fossé. Après les premières caresses,
Puis quelques mois d'indifférence,
Ils l'ont laissé à sa détresse,
Au début des grandes vacances,
Pareil à l'objet que l'on jette
Quand il devient trop encombrant.
Ils le remplaceront peut-être,
Par un chien plus jeune en rentrant.

Le chien abandonné, en été par ses maîtres,
Flaire toujours la route et fait des kilomètres
Traversant les villages, faisant peur aux enfants
Qui ne savent pas encore, qu'il n'y a que les gens
Qui soient vraiment méchants.

Il ne les a pas oubliés
Depuis le jour qu'il vagabonde
Dans l'espoir de les retrouver.
Il irait jusqu'au bout du monde.
Il verra bien un jour sans doute,
Finir sa marche solitaire
En voulant traverser la route,
Ou, emmener par la fourrière.

Le chien abandonné en été par ses maîtres,
Sur le bord du fossé, vaut bien que l'on s'arrête,
Qu'on ouvre sa portière, qu'on le fasse monter,
Pour qu'il n'y ait plus en France, en été,
Qu'il n'y ait plus jamais, de chiens abandonnés.

Sampa

Je m'appelle Sampa,
Et bien que chien bâtard,
Je fais tourner la tête
A bien des pedigrees.
Je m'appelle Sampa,
Je suis né quelque part.
Je m'appelle Sampa
Et mon histoire est belle.

Je mouille des divans,
Je souille des parquets,
Je vis auprès d'un roi
Comme un chien de poubelle.
Je m'appelle Sampa,
Et j'ai des yeux qui parlent,
Un corps qui fait le fou,
Un cœur qui se remplit
De tant et tant de joie,
Qu'une caresse régale.

Je m'appelle Sampa
J'ai des maîtres fidèles.
Lui, me donne du mal
A me faire obéir,
Mais quand il n'est pas là
Je suis seul avec elle.
Son amour à lui,
C'est mon amour à moi.
Comme elle est jolie !
Comme elle est gentille !
Son amour à lui,
C'est ma maîtresse à moi.

Et, quand elle me sourit,
Moi j'ai les yeux qui brillent.
Elle m'appelle San San,
Et je l'aime, et elle m'aime.
La nuit, je dors près d'elle,
Et au matin je la réveille
D'un coup de patte,
Ou bien d'un coup de dent.

Je m'appelle Sampa
Et mon histoire est courte.
Pour aller du lit où je dormais,
Jusqu'au jardin où je repose,
Il ne m'aura pas fallu un an.
Toi le jardin, je te connais
Dans tes moindres recoins.
Hier encore, je t'ai prêté un os,
Aujourd'hui, je te donne les miens.

Je m'appelais Sampa...
Et j'étais chien bâtard.

Chiots à vendre

Un gérant d'une boutique clouait une pancarte au-dessus de sa porte où l'on pouvait lire : Chiots à vendre.

Bientôt un petit garçon fut attiré par l'annonce, et demanda :
- À quel prix vendez-vous ces chiots ?
- Autour de 30-50 dollars, répondit le propriétaire du magasin. Le petit garçon chercha dans sa poche et sortit de la monnaie...
- J'ai 2,37 dollars, est-ce que je peux les regarder ?

Le propriétaire du magasin sourit, et siffla. Sa chienne, nommée Lady, courut hors du chenil, vers l'allée de son magasin, suivie par cinq petits chiots. Mais un des chiots restait loin derrière... Immédiatement, le petit garçon choisit le chiot boiteux resté en arrière.

- De quoi souffre ce petit chien ? demanda le petit garçon.
L'homme expliqua qu'à sa naissance, le vétérinaire lui avait annoncé que le chiot avait une malformation de la hanche qui le ferait boiter pour le restant de sa vie. Le petit garçon devint vraiment enthousiasmé et dit :
- C'est ce chiot que je veux acheter ! L'homme répondit :
- Non, tu ne peux pas acheter ce petit chien, si tu le veux vraiment, je te le donne !

Le petit garçon devint bouleversé. Il regarda l'homme droit dans les yeux et dit :
- Je ne veux pas que vous me le donniez. Il vaut tout autant que les autres chiens, et je vous paierai le plein prix. En fait je vous donnerai 2,37 dollars maintenant et 50 cents chaque mois jusqu'à ce que j'aie fini de le payer.
- Tu ne peux pas acheter ce chiot, vraiment ! Il ne sera jamais capable de courir, de sauter et de jouer. Aime d'autres chiots.

Alors, le petit garçon se pencha vers le bas, puis il enroula la manche de son pantalon, et montra une jambe malade, tordue, estropiée, supportée par une grande tige de métal.
Il regarda l'homme et dit :
- Je ne cours pas très bien et le petit chiot aura besoin de quelqu'un qui le comprenne.

À ce moment, l'homme mordit sa lèvre inférieure. Des larmes lui piquaient les yeux...
Il sourit et dit :
- Mon garçon, j'espère et prie pour que chacun de ces chiots ait un propriétaire tel que toi.

Je suis ...

Je suis un pelage soyeux, abondant et entretenu, à l'intérieur duquel se tient immobile, des heures durant, un chien patient et docile. Je vis sur une grille, dans une cage, pour pas casser mon poil si précieux. Je sais uriner comme une femelle pour pas salir cette robe, unique objet de ressentiment de mon maître. Bien sûr, je ne joue pas avec les autres chiens qui risqueraient de m'arracher une mèche. Je suis tellement beau, que mon maître truste les médailles d'or aux championnats de toilettage. Quant à moi, s'il me donnait une cage en or, je la troquerais volontiers contre un vieux bout de ficelle tenue par un clochard pouilleux qui me permettrait de me vautrer sur le trottoir râpeux et arrache-poil, à côté de lui. Je rêve qu'une nuit, une gentille fée me transforme en chien nu du Mexique. Alors... je me pavane dans un concours de toilettage, devant mes amis envieux, suspendus à leur potence, qui me lancent d'un aboiement guilleret : "Comment ça va, ta chimio ?"

Je suis deux testicules au-dessus desquels vit un trop bel étalon. J'ai fait assez de saillies pour permettre à mon maître de changer de mobilier. Hélas je n'ai rien vu de l'ensemble Louis XVI. Pensez donc ! je pourrais lever la patte sur le pied de la bergère ! Je rêve d'attraper un jour ce redoutable sarcome de sticker qui transformerait mon mâle appendice en une sorte de chou-fleur qui ferait pousser aux éleveuses des cris d'orfraie.

Je suis un utérus long et musclé, autour duquel vit une chienne désabusée. On m'a fait saillir très jeune pour soi-disant m'éclater. Je dois manquer d'humour car franchement, je ne me suis pas éclatée du tout. En six ans, j'ai fait douze belles portées. J'ai largement assez travaillé pour mériter une douce retraite dans une gentille famille. Mais c'était un leurre. Ma maison de retraite, ce sera cet immense congélateur rempli de cadavres de chiennes trop vieilles, de chiennes qui restent vides, de chiennes qui dépassent leur terme, de chiennes qui ne font qu'un chiot. Bref ... de chiennes qu'il faut "tilter". Je rêve, pour leur éviter le cauchemar, que tous mes descendants (mes produits, dirait mon maître) soient monorchides ou prognathes, et que le congélateur tombe en panne.

Je suis une bête d'expo, achetée des milliers de dollars. Tous mes admirateurs dans le public, rêvent d'avoir un chien comme moi. Je rêve d'avoir un maître comme eux.

Je passe de handler en handler, de voiture en avion, de cage en cage, de tapis d'entraînement en tapis de table d'expo. Alors ... pensez comme je suis content de courir comme un fou sur cet immense tapis vert du ring d'honneur. Le public pense que je regarde mon handler avec les yeux de l'amour : il ne sait pas que mon regard en fait crie famine (trois jours de diète c'est dur). Je rêve qu'un jour mon handler ait une émotion trop forte en remportant le Best in Show à la Mondiale, et qu'il défèque sur le ring d'honneur sous les flash des photographes et cameramen ...

Extrait d'un article de Cynomag paru en 1997

Au fond d'un vieux refuge

Au fond d’un vieux refuge, dans une niche en bois,
Depuis deux ans, je purge d’avoir trop cru en toi.
Tous les jours je t’attends, certain que tu viendras,
Tous les soirs je m’endors, sans que tu ne sois là.

Pourtant, je suis certain, je te reconnaîtrai.
Viens me tendre la main, je te la lècherai.
Tu te souviens très bien, quand je sautais sur toi,
Que tu me caressais, que je dansais de joie.

Que s’est il donc passé pour que ce 16 juin,
Heureux que tu étais, je me le rappelle bien,
Tu sifflais, tu chantais, en bouclant les valises,
Que tu m'aies attaché, là, devant cette église.

Je ne peux pas comprendre, et je ne croirai jamais
Que toi, qui fus si tendre, tu sois devenu aussi mauvais,
Peut être es-tu très loin, dans un autre pays,
Mais quand tu reviendras moi j’aurai trop vieilli.

Ton absence me pèse, et les jours sont si longs,
Mon corps s’épuise, et mon cœur se morfond,
Je n’ai plus de goût à rien, et je deviens si laid,
Que personne jamais ne voudra m’adopter.

Mais moi je ne veux pas que l’on me trouve un maître,
Je montre bien mes dents, et je prends un air traître,
Envers qui veut me prendre, ou bien me caresser,
Pour toutes illusions enfin leur enlever.

Car c’est toi que j’attends, prêt à te pardonner,
A te combler de joie, du mieux que je pourrai,
Et je suis sûr, tu vois, qu’ensemble nous saurions
Vivre des jours heureux, en réconciliation.
Pour cela, je suis prêt à faire de gros efforts,
A rester près de toi, veiller quand tu dors,
Et à me contenter, même si j’ai très faim,
D’un vulgaire petit os et d’un morceau de pain.

Je n’ai jamais rien dit, lorsque tu m’as frappé,
Sans aucune raison, quand tu étais énervé,
Tu avais tous les droits, j’étais à ton service,
Je t’aimais sans compter, j’acceptais tous tes sévices.

Tu m’as mis la chaîne, où tu m’as enfermé,
Tu m’as laissé des jours, sans boire ni manger
J’ai dormi bien souvent, dans la niche sans toit,
Paralysé, raidi, tellement j’avais froid.

Pourtant si tu reviens, nous partirons ensemble,
Nous franchirons en chœur , la porte qui ressemble
A celle d’une prison que je ne veux plus voir,
Et dans laquelle, hélas, j’ai broyé tant de noir.

Voilà, mon rêve se termine, car je vois le gardien,
Puis l’infirmière, et le vétérinaire plus loin.
Ils entrent dans l’enclos, et leurs visages blêmes,
En disent long pour nous, sur ce qu’ils nous amènent.

Je suis heureux, car tu vois dans quelques instants,
Je vais tout oublier, et, comme il y a deux ans,
Je m’endormirai sur toi, mon cher et grand ami,
Je dormirai toujours grâce à l’euthanasie.

Et s’il t'arrive un jour de penser à moi,
Ne verse pas de larmes, ne te prends pas d’émoi,
Pour toi, je n’étais qu’un chien, tu préférais la mer,
Tu l’aurais su avant, j’aurais payé moins cher.

A vous tous les humains, j’adresse une prière,
Me tuer tout petit aurait peiné ma mère,
Mais il eût mieux valu, pour moi, cette manière,
Et vous n’auriez pas eu, aujourd’hui, à le faire.

Gilbert Dumas

Chien abandonné pour les vacances

Ce matin-là, tu étais déjà debout, tu faisais tes bagages. Tu m'as pris ma laisse. Que j'étais content ! Une petite promenade avant les vacances. On est partis en voiture. Tu t'es arrêté au bord de la route. La portière s'est ouverte, tu m'as lancé un bâton. J'ai couru, couru...

Je l'ai attrapé, mais quand je me suis retourné, tu n'étais plus là. Pris de panique, j'ai couru dans tous les sens pour te retrouver, mais ce fut en vain... De jour en jour, je m'affaiblissais.

Un homme s'est approché de moi, m'a mis une laisse et je me suis retrouvé en cage. C'est là que j'ai attendu ton retour, mais tu n'es jamais venu.

La cage s'est ouverte... Ce n'était pas toi, c'était cet homme qui m'avait ramassé. Il m'a conduit dans une pièce qui sentait la mort. Mon heure était venue...

Cher maître, je veux que tu saches que malgré ce que tu m'as fait, c'est ton image qui me revenait avant mon dernier soupir, et si je pouvais revenir sur terre, c'est vers toi que je courrais car je t'aimais !

Le vieux et son chien

S'il était le plus laid
De tous les chiens du monde,
Je l'aimerais encore
A cause de ses yeux.

Si j'étais le plus laid
De tous les vieux du monde,
L'amour luirait encore
Dans le fond de ses yeux.

Et nous serions tous deux,
Lui si laid, moi si vieux,
Un peu moins seuls au monde
A cause de ses yeux.

Pierre Menanteau

L'enfant et le chien

Un enfant seul,
Tout seul avec en main
Une belle tranche de pain.
Un enfant seul,
Avec un chien
Qui le regarde comme un dieu
Qui tiendrait dans sa main,
La clé du paradis des chiens.

Un enfant seul
Qui mord dans sa tranche de pain,
Et que le monde entier
Observe pour le voir donner
Avec simplicité,
Alors qu'il a très faim,
La moitié de son pain
Bien beurré à son chien

Maurice Carême
Au clair de la lune
© Fondation Maurice Carême


Le petit chien

Je suis un petit chien.
Mon poil ne sert à rien
Qu’à salir les bas blancs
Que je heurte en jouant.
Je suis un petit chien
Et je ne garde rien,
Pas même un bout de miche
Dans un coin de ma niche.

Je suis un peu voleur,
Mais bien moins que le chat.
Bien mieux que lui d’ailleurs,
Je sais prendre les rats.

J’aboie longtemps sur tout,
Je pleurniche pour rien.
Je ne suis, voyez-vous,
Qu’un chien, un petit chien

Maurice Carême
La grange bleue
© Fondation Maurice Carême


Le loup et le chien

Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.

Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.

Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
"Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. "
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. "

Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
"Qu'est-ce là ? lui dit-il.
- Rien.
- Quoi ? rien ?
- Peu de chose.
- Mais encor ?
- Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "

Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encore

Jean de La Fontaine.



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